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MONTANS - LE TARN DANS L'ANTIQUITE

LES STATUES-MENHIRS
Sur les Monts de Lacaune, on peut apercevoir toute une série de pierres plantées et ornées. Elles forment un patrimoine unique en Europe et possèdent des points communs aux significations totalement inconnues.
Elles font entre 1 m et 1,50 m de haut et sont toutes ornées d’une forme humaine et d’une divinité. D’autres sont simplement parées d’un objet ou d’une partie d’un corps.
La plus remarquable d’entres elles se situe entre Moulin-Mage et Murat-sur-Vèbre. Une ceinture la traverse de part en part et elle mesure 3,50 m et pèse 9,50 tonnes ! Une énigme à elle seule…

Pour mieux comprendre ce qui a pu se passer lorsque Rome a conquis le Tarn, il m’a d’abord fallu analyser ce que les Romains ont pu y trouver. Même s’il me paraissait limpide que cette région était habitée avant l’époque romaine, il me fallait trouver un certain nombre d’explications.
Les traces de présence humaine dans le Tarn sont anciennes et parfois visibles (comme les menhirs fortement présents sur les Monts de Lacaune, voir encadré). La datation la plus ancienne que l’on ait pu faire sur des preuves de vie humaine remonte à une époque préhistorique comprise entre 500 000 ans et 400 000 ans avant Jésus-Christ. La période suivante et qui se rapproche de notre ère n’a pas laissé assez de vestiges pour qu’on puisse affirmer que l’Homme est resté de façon permanente sur ces terres.
Plus tard, aux environs de 10 000 ans avant notre ère, on retrouve plusieurs traces tangibles d’une sédentarisation humaine. A la suite de ces premières traces, il est acquis que l’Homme est resté de façon permanente, tout au moins dans une partie du département, puisqu’il est assez difficile de donner une réelle portée géographique à ce que l’on peut retrouver çà et là.

Il faudra pourtant attendre, malgré cette certitude d’un peuplement beaucoup plus ancien, le Ier Millénaire avant Jésus-Christ pour commencer à tracer de façon bien plus précise l’Histoire du Tarn. Même si aujourd’hui, il est difficile de savoir comment vivaient les gens à cette époque reculée, le Tarn recèle d’un grand patrimoine de nécropoles qui est disséminé à travers tout le département.
Ces vestiges archéologiques posent encore aujourd’hui divers problèmes aux experts car leur forme est unique et leur origine méconnue. Ce que l’on sait, c’est qu’à cette époque (entre le VIIIème et le Vème Siècle avant J.C) on procédait à l’incinération des corps avant de les enterrer. De toutes ces nécropoles, celle de Gourjade (aux abords de Castres) est la plus surprenante puisqu’elle constitue la plus grande jamais découverte dans le Languedoc – elle ne possède pas moins de 400 tombes.
Dans la deuxième moitié de ce millénaire, les échanges entre le Tarn et Rome (qui étend petit à petit son territoire) deviennent plus fréquents. Selon toute vraisemblance, le commerce entre les Gaulois tarnais et l’Empire Romain ont débuté aux alentours du Vème Siècle avant Jésus-Christ. Ces échanges allaient dans les deux sens, comme en attestent les diverses amphores contenant du vin romain que l’on a retrouvé et qui datent de cette époque.

Pendant une période, le département a été en contact avec les Romains, sans appartenir à leur empire, il en sera pourtant tout autrement par la suite.

La conquête du Tarn

LA NARBONNAISE
Si la conquête de la province s’est faite dans un calme relatif, la suite ne fut pas si calme. Les premiers Romains (sous Cicéron notamment) avaient une bien piètre opinion des gens qui vivaient dans les terres qu’ils envahissaient. Aussi, la Narbonnaise subit longtemps une gestion très particulière.
Les gouverneurs prélevaient des impôts faramineux, les trafiquants en tous genres pullulaient et les réquisitions et autres corvées pleuvaient ! Certains se révoltèrent, comme les Allobroges en 62-61 avant Jésus-Christ, mais cela ne les mena à rien. Ce ne fut que plus tard, lorsque César régna que les procédés s’humanisèrent.

Rue Gallo-romaine
Ruelle typique d’un village gallo-romain tarnais.

Nous venons de voir que le Tarn n’était pas dépourvu de toute population lorsque les Romains sont arrivés. Mais quelles étaient les populations présentes ?

On s’accorde à dire aujourd’hui que le Tarn était peuplé par deux grands groupes aux origines différentes. Même s’ils ne venaient pas d’une même région, ils sont arrivés avec très peu d’intervalle, aussi bien qu’aujourd’hui, on fixe leur arrivée au IVème Siècle avant Jésus-Christ.
La première population que l’on peut citer était les Rutènes. Avant de venir dans le Tarn, ils étaient présents dans ce qui est aujourd’hui la Haute-Garonne. Ils arrivèrent donc par le côté Ouest de l’actuel département du Tarn.
Alors que les Rutènes sont arrivés par Toulouse, les Volques (l’autre peuple présent dans le Tarn) sont arrivés par le Sud, probablement d’Espagne. Ils ont franchi la Montagne Noire et ont trouvé refuge dans le Tarn.
L’endroit d’où provenaient toutes ces populations est important puisqu’il a eu un impact sur tout ce qui s’est passé par la suite. Les Rutènes étant arrivés par l’ouest, sont restés dans la partie Ouest du département et ont continué au Nord pour rejoindre l’Aveyron. C’est d’ailleurs ce choix qui fait planer un doute sur la conquête proprement dite, puisque la frontière sud du pays Arverne reste floue. Les Volques sont arrivés par la Montagne Noire, comme cela a été dit plus haut. Ils ne se sont guère enfoncés dans le département et occupaient un territoire coincé entre les rivières de l’Agout au Nord et du Thoré au Sud. Leur territoire était donc plutôt restreint, mais ce sont bien eux qui ont jeté le doute sur les dires des archéologues.

LE PAYS ARVERNE
Avant l’arrivée des Romains, il représentait le plus puissant des territoires gaulois. Son unité fut mise à rude épreuve, puisqu’une partie fut prise par les Romains lors de la pacification de la Narbonnaise. Malgré cela, il fut le dernier bastion Gaulois et ne s’inclina qu’après avoir lutté.
Les Romains appliquèrent, pour parvenir à leurs fins, le dicton du « diviser pour mieux régner ». Ils trouvèrent des arrangements avec les notables qui finirent par lâcher leur propre patrie pour se rallier aux Romains.

En effet, lorsqu’on a su avec assez de précision qui peuplait le Tarn avant l’arrivée des Romains, il s’est posé la question qui suit logiquement cette découverte : Quand et comment le Tarn a-t-il été conquis ?
Les premières théories qui ont été avancées, rattachaient la conquête du Tarn à la formation de la province de la Narbonnaise (voir encadré). Comme le département ne trouvait guère d’écho dans le livre de César – La Guerre des Gaules – on s’est dit que cela ne pouvait venir que de cet état de fait : le Tarn appartenait à la province de la Narbonnaise !
Vous vous en doutez, vu la teneur de mes propos, cette théorie a été réfutée par la suite. Elle a été remise en cause, justement à cause de la présence des Rutènes et des Volques sur le territoire tarnais. Ces deux populations étaient distinctes, on l’a vu, mais elles ont aussi fait des choix politiques différents après être arrivées. Lorsque l’Empire Romain a commencé à étendre ses terres en venant de la Côte d’Azur, les Volques ont été les premiers confrontés à l’envahisseur. On ne peut pas dire qu’ils aient choisi la résistance puisqu’ils ont été certainement (rien n’est tout à fait sûr) conquis en même temps que le reste de la province de la Narbonnaise.
Cette conquête s’est terminée en 118 avant notre ère et a vu, notamment, la fondation de la ville de Narbo Martius (Narbonne). Cette conquête ne mérite presque pas cette appellation. Les Romains ont entamé celle-ci avec pour seule envie de rallier de nouveaux peuples à leur empire. Ils n’ont cependant pas rencontré le moindre problème et cette conquête tient plus, au final, d’une simple pacification que d’un combat militaire. C’est pour cette raison que les historiens rangeaient, au départ, la conquête du Tarn dans la formation de la Narbonnaise. Cette formation ayant été faite dans le calme, il n’en subsiste que peu de traces.
Le Sud Tarn a donc été conquis (même si on peu relativiser ce terme) par les Romains aux alentours de 118 avant Jésus-Christ. Il fut dès lors placé sous l’autorité de Narbo Martius.

poterie
Schéma de fonctionnement d’un four gaulois.

Le territoire rattaché à l’Empire Romain au IIème Siècle avant notre ère ne concernait qu’une petite partie du département (celle où vivaient les Volques). La majeure partie du département, celle occupée par les Rutènes, ne subit pas le même sort. Les Rutènes avaient fait le choix, lors des balbutiements de la guerre de se rallier aux Arvernes (voir encadré). Ces derniers ne se livrèrent pas du tout comme l’ont fait les peuples méditerranéens. Ils luttèrent par les armes contre l’armée romaine. La guerre prit une place assez importante pour que César en parle dans son livre et pour que le pays Arverne soit le dernier à plier sous les coups des Romains.
Le passage de la première théorie (celle selon laquelle tout le Tarn a été conquis avec la Narbonnaise) à celle qui sépare la conquête du territoire Rutène de celle du pays Volque, vient de César. Dans son livre, il cite les Rutènes comme d’excellents archers au service des Arvernes et de Vercingétorix, leur chef. Cette simple évocation, recoupé avec les informations que l’on possède sur le territoire Rutène, permet de dire que l’Ouest et le Nord du département a été conquis de façon réelle par Rome. Même si nous n’avons aucune preuve de combats sur le territoire. De ce fait, le Tarn, dans sa plus grande partie, n’a été romain qu’à compter de la défaite de Vercingétorix, soit en 52 avant Jésus-Christ.

Cette distorsion entre les deux parties du Tarn a permis aux Tarnais de l’époque d’échanger avec le futur envahisseur. Mais comment pouvait donc vivre les Gaulois avant la chute du pays Arverne ?

La Vie dans le Tarn avant Rome

LES VOIES ROMAINES
Si le site de Montans a pu autant se développer, c’est en partie grâce aux voies romaines qui étaient très présentes dans le département. L’avantage premier du département, c’est d’être à la croisée des chemins entre Narbonne, Toulouse et le Pays Arverne. La carte ci-dessous vous permettra de mieux vous en rendre compte.

C’est avec une envie de découvrir immense que j’ai tenté de me projeter dans le passé et de découvrir comment pouvaient vivre les Gaulois. Mais il m’a fallu bien vite redescendre sur Terre et voir la vérité en face. Il est très difficile aujourd’hui de savoir exactement quelle était la vie quotidienne de tous les gens vivant à cette époque. Les traces que nous trouvons de nos jours permettent néanmoins (surtout si on les confronte à ce que l’on a pu apprendre dans des régions avoisinantes) de répondre à un certain nombre de questions.

Comme cela a déjà été dit, le Tarn était peuplé depuis bien longtemps avant que les Romains ne foulent son sol. De cette vieille sédentarisation découlaient quelques habitudes de vie. Les Gaulois (tant Rutènes que Volques) s’adonnaient à la chasse et à la pêche pour survivre. Ils avaient aussi de bonnes connaissances en agriculture et pratiquaient l’élevage, parfois de manière intensive. D’un autre côté, on peut signaler quelques autres professions, surtout dans le domaine du commerce. Des mines étaient aussi présentent dans la Montagne Noire et la poterie faisait partie des activités de certains lieux comme les environs de Gaillac.
La fonction commerciale du Tarn a commencé à vraiment se développer dès le deuxième âge du fer (entre le Vème et le IIème Siècle avant Jésus-Christ). On peut supposer que la position de la région entre la Méditerranée et l’océan Atlantique a eu un effet quelconque sur le commerce tarnais. D’autant plus que des ports méditerranéens furent exploités très tôt par des peuples de l’Est (comme Narbonne qui connaissait une forte fréquentation déjà bien avant l’arrivée des Romains, notamment grâce aux Grecs).
Mais les Tarnais ne se contentaient pas de laisser transiter les produits sur leur territoire. On peut imaginer que le produit des mines ne restait pas dans les environs (même si l’on ne possède aucune preuve sur le sujet). De même, les potiers, apparus relativement tôt dans le Tarn, vendaient leurs produits à l’extérieur. En effet, dès le IIIème Siècle avant notre ère, les potiers tarnais avaient une activité assez forte.

voies romaines
Les voies romaines dans le Tarn

Dans le domaine, un village comme Montans (placé à quelques kilomètres de Gaillac) tirait son épingle du jeu. Il devint assez rapidement (aux abords du IIème Siècle avant Jésus-Christ) une plate-forme commerciale quasi-incontournable sur le territoire tarnais. A tel point que le village et ses environs avait des relations privilégiées avec Rome. Nous verrons plus loin ce qu’il est advenu de ce pôle économique antique.
Ce que nous pouvons dire dès à présent c’est que la conquête en deux temps du Tarn (une partie en 118 et l’autre en 52 avant notre ère) a permis aux commerçants de faire transiter toute une batterie de produits de l’Empire Romain vers l’extérieur, mais aussi en sens inverse. Le côté frontalier du Tarn lui permit de s’ouvrir, voire de s’enrichir… Ce qui est, il faut bien l’avouer, impossible à vérifier.

L’Empire Romain, au final, sera resté près de 600 ans dans le Tarn (tout au moins dans une partie de celui-ci). Même s’il semblerait que peu de combats se soient déroulés dans le département, la conquête de celui-ci s’est tout de même faite par la guerre. Seule la partie coincée au Sud-Ouest du Tarn a échappé à ce fléau.
Aujourd’hui, près de 1 600 ans après le départ des Romains, il est difficile de déceler des traces de ces derniers. Ils n’ont en effet laissé aucune trace monumentale, contrairement à d’autres régions de France. Ils ont pourtant marqué notre Histoire qui ne nous a pas laissé complètement sans rien.
Le site de Montans, dont il a été question plus haut, est certainement le plus riche du département. Il recèle de plusieurs découvertes phares et prouve que le Tarn a eu son importance à cette période. Comme les fouilles faite là-bas sont nombreuses, on peut dire qu’il est à la fois le site le plus remarquable et certainement le plus marquant de cette époque.

Le Site de Montans

Vue de Montans
Vue aérienne du site de Montans.

Même s’il est acquis que Montans constitue un des pôles archéologiques les plus importants de France, il faut bien avouer que sa réputation est largement supérieure à son apparence. Lorsque je me suis approché de Gaillac, je m’attendais à voir de larges panneaux indiquant le site. Pourtant, au milieu des vignes, je n’ai trouvé qu’un petit panneau d’indication qui pointait vers une petite route de campagne.
Montans a probablement gardé l’atmosphère villageoise de ses premières heures. Il me fallut donc rouler parmi les champs encore quelques kilomètres avant de pénétrer dans le village proprement dit. Là aussi, la surprise me rattrapa. Aucune trace de fouilles… J’appris par la suite qu’elles ont été recouvertes au fur et à mesure qu’elles avaient livré leur secret.

Justement, des secrets, elles en gardaient quelques-uns. Elles en possèdent encore d’ailleurs. Il faut savoir que Montans et sa région étaient déjà habités au IIIème Millénaire avant Jésus-Christ. Mais ces traces anciennes ne permettent pas de dire que l’Homme y vivait de façon permanente. On est sûr que le site fut occupé de façon continuelle à compter du VIIIème Siècle avant notre ère.
Comme pour beaucoup de choses qui concernent ces temps anciens, il est assez difficile de savoir comment vivaient les Montanais au quotidien. Nous savons simplement qu’ils pratiquaient l’élevage de manière intensive, la pêche (le Tarn est tout proche), la chasse, le tissage et la poterie. Tout comme la vie quotidienne, la religion de ce peuple gaulois nous est inconnue. Nous ne savons rien de leurs rites, ni de leurs lieux sacrés. La seule chose de sûre, c’est qu’ils procédaient à l’incinération des morts et qu’ils leur faisaient des offrandes (notamment des vases). Ces dernières font d’ailleurs de Montans un site unique en France.

Si l’on regarde l’endroit avec un peu plus d’attention, on se rend compte que le village de Montans était un oppidum gaulois. Une sorte de forteresse naturelle dans laquelle les hommes avaient trouvé refuge. Ils s’étaient en effet installés sur le plateau de Rougé et étaient protégés par le Tarn sur la façade ouest et par le ruisseau du Rieutort sur les flancs nord et est. Il existait très certainement une fortification de fortune qui gardait le côté sud de l’endroit.
Par la suite, au cours des IIème et Ier Siècles avant Jésus-Christ, le côté défensif de Montans s’éteignit peu à peu et le commerce commença à se développer. Une autre ère débuta alors.

Les Débuts de la poterie montanaise

Poterie de Montans
Coupes de statuettes montanaises.

Sur le site de Montans, il était fabriqué de la poterie dite sigillée. Ce terme désigne une catégorie bien précise de vaisselle en terre cuite. En effet, la poterie en sigillée est systématiquement recouverte d’une pellicule de vernis rouge-orange et elle est signée par son créateur. Cette signature porte aussi le nom d’estampille.
La fabrication de ce type de poterie remonte au IIIème Siècle avant Jésus-Christ et est apparu en Grèce. Nous savons aujourd’hui que le port de Narbonne avait de fortes relations avec cette contrée, mais il est peu probable que la technique soit arrivée par-là. La théorie qui réfute une arrivée par la mer est appuyée par des traces de sigillée en Italie antérieure à celle trouvées à Montans. Par la suite, il a été découvert que des potiers italiens étaient venus dans cette région pendant le Ier Siècle avant notre ère. Cette chronologie nous permet de définir avec exactitude le chemin parcouru par cette technique de la sigillée. Elle a dû être importée en Italie avant de rentrer en Gaule en même temps que les potiers qui l’utilisaient.
La poterie existait pourtant avant l’arrivée des Romains à Montans, et elle a beaucoup évolué après. La sigillée à tout de même marqué une évolution énorme et forte de conséquences.

L’évolution de la poterie à Montans

Vases montanais
Vases montanais du IIème Siècle après Jésus Christ.

Alors que la poterie est apparue à Montans au IIème Siècle avant notre ère, la sigillée n’est arrivée qu’au début de notre ère. La période qui couvre la fin du IIème Siècle et le Ier Siècle avant Jésus-Christ était entièrement dédiée aux productions dites indigènes. Même si cette technique perdura un peu après l’arrivée des Romains, puisqu’ils entrèrent en pays Rutène au Ier Siècle avant notre ère, elle ne tint pas longtemps et s’éteignit entre 50 et 100 après J.C. C’est là que les premiers potiers italiens arrivèrent à Montans, apportant avec eux une technique qui allait déboucher sur la sigillée. Il s’agit de la période de la pré-sigillée.

Ces potiers apportèrent aussi une technique de gestion d’une poterie qui peu s’analyser comme une forme d’industrialisation qui s’opposait aux productions artisanales passées. D’autres potiers arrivèrent au IIème Siècle de notre ère, mais la demande augmenta, la production aussi, mais au détriment de la qualité. Tout ceci finit par faire apparaître une concurrence qui impliqua la réorganisation des poteries et une réduction de leur taille. La production de la sigillée prit fin aux alentours de 180 - 190.

Commercialisation de la sigillée

Commercialisation de la poterie
Zone de commercialisation de la
poterie montanaise.

Le site de Montans apparaît comme très influent et voit sa production toucher une vaste étendue. La plupart de la marchandise était vendue en Aquitaine, mais on a retrouvé des vases montanais dans le Nord de l’Espagne ou même en Grande-Bretagne.
Le transport était soit routier (pour desservir l’Aquitaine), soit fluvial. Ce dernier empruntait le Tarn, passait par Bordeaux et allait en Bretagne. Il est fort probable qu’un port existât à Montans, mais aucune trace ne subsiste. Nous savons aussi que des négociants s’occupaient de faire le lien entre les producteurs et les marchés lointains.

Les Potiers et leur vie quotidienne

Nous n’avons que peu d’informations sur ce sujet. Il semblerait que certains potiers avaient un niveau d’alphabétisation assez élevé, même si certaines estampilles comportent de grosses erreurs. On sait aussi que ces potiers n’étaient pas des esclaves, seuls certains d’entre eux en avaient.
La langue officielle était, bien entendu, le latin, mais la plupart des potiers parlaient gaulois. La monnaie utilisée était le sesterces, les aurei ou les deniers. Certaines découvertes laissent à penser que les femmes et les enfants prenaient part au travail des potiers. Quant aux habitations, elles sont, pour la grande majorité, très modestes, seules quelques domus ont été recensées.

Même s’il est difficile aujourd’hui de savoir ce qui s’est passé au début de notre ère dans le Tarn, le site de Montans permet de trouver des réponses à bon nombre de questions. La brume de l’inconnu ne s’est pas pour autant totalement estompée et beaucoup de choses restent à découvrir.

Vases de Montans
Vases montanais du Ier Siècle de notre ère.

LE TRESOR DE MONTANS
Comme pour mieux démontrer la richesse patrimoniale du lieu, il a été découvert au début des années 1990 un trésor à Montans. Il ne s’agit pas d’un coffre remplit d’or, mais d’un encrier fait de terre cuite qui contenait quarante aurei.
Même s’il est difficile de connaître aujourd’hui l’exacte valeur de ce trésor, il nous est possible d’en avoir une idée assez précise. Nous savons qu’un ouvrier de l’époque devait toucher 3 à 4 aurei par an. Il s’agit donc d’un pécule qui représente aux alentours de dix ans de labeur !
L’autre particularité de ce trésor vient des pièces d’or en elles-mêmes. Elles ne sont pas frappées de la même effigie et leur production s’étale sur plus d’un demi-siècle.

Sources : http://www.archeosite.com (site supprimé) ; L’Archéosite de Montans : Une Evocation de la vie quotidienne dans un village de potiers de la Gaule romaine (1996) ; Céramiques sigillées et potiers gallo-romains de Montans (1996) ; Le Tarn - Encyclopédie illustrée (2003).

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contact : benassi.nikoland@gmail.com

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